LA JEUNESSE DES QUARTIERS POPULAIRE ET L’ARGENT FACILE

-COMMENT UN JEUNE DE QUARTIER POPULAIRE VOIT L’ARGENT?

Dès mes premiers larcins j’ai très vite vu l’argent comme un moyen de m’évader, comme un moyen d’oublier les difficultés que nous avions à la maison. Je voyais l’argent comme le seul moyen de me rendre égale aux autres classes sociales. On peut même parler de dignité, avoir de l’argent me faisait me sentir beaucoup plus digne et donc respectable. On était jeune mais on a très vite réalisé l’importance d’avoir de l’argent, à aucun moment de mon adolescence j’ai déconsidéré l’argent. Pourtant, c’était pour des besoins non urgents la plupart du temps. S’acheter des vêtements, des baskets, manger au kébab avec ses amis, s’acheter sa recharge SMS illimitée, … Nos parents nous donnaient à manger bien évidemment, ils nous achetaient des vêtements quand ils pouvaient, on avait un toit, la télé, … Mais les différences sociales nous ont profondément révolté. Disons que les différences sociales nous ont ouvert les yeux trop tôt, on a vite compris que financièrement nos parents étaient dans une lutte incessante. 

Et en fin de compte je pense que la plupart des jeunes issues d’un quartier populaire ont vu l’argent de cette manière. Un peu comme un exutoire, comme un calmant, comme un antidépresseur, ou comme un anesthésiant. L’argent nous faisait oublier notre précarité, nos blessures intérieures, notre infériorité, …  A savoir qu’en quartier populaire les problèmes sont divers selon les familles. Pour ma part, je voyais beaucoup de violence chez moi, et je la subissais assez fréquemment. L’argent était presque devenu mon réconfort. Encore une fois je ne pense pas être le seule jeune de quartier populaire à l’avoir vécu, au moment où j’écris nombreux sont encore dans cette mauvaise passe

LES PARENTS

Beaucoup doivent se demander où étaient nos parents durant cette dérive totale. Nos parents ne voyaient rien au début. A la maison nous étions normaux, on ne laissait rien paraître. Difficile pour des parents de s’imaginer que leurs enfants vont racketter d’autres enfants au lieu d’aller en cours. Surtout qu’au début on ne recevait pas encore de courrier détaillant toutes les absences du mois. Les mois se sont enchaînés, on s’enfonçait de plus en plus dans notre cercle vicieux puis vint le jour où le récapitulatif d’absence est arrivé à la maison. C’est à partir de ce moment-là que mes parents ont réalisé qu’il se passait quelque chose de pas net. Puis retenez aussi qu’en classe populaire les familles sont généralement submergées par plusieurs problèmes. Argent, couple qui bat de l’aile, la famille qu’il faut aider à l’étranger, … Ce qui rend nos parents moins attentifs, moins disposés, pour avoir un réel œil sur nous. Pour tout vous dire, il m’arrivait de préférer les moments conflictuels au sein du foyer pour que les attentions soient moins portés sur moi, et que je puisse continuer mes petits larcins en toute impunité.  

-REBELLION

Mais bon, il y a toujours ce moment où les parents vont te questionner concernant tes absences. La question qu’on me posait souvent c’était “mais où tu vas quand tu sors le matin si tu n’es pas à l’école?” Les pauvres, ils devaient terriblement souffrir, c’est aujourd’hui que je le réalise vraiment. Je ne répondais jamais à cette question, mes parents étaient  très remontés, je me souviens que cela pouvait encore plus plomber l’ambiance du domicile. Mes bonnes résolutions n’ont toujours duré que quelques jours, aussi vite l’appât du gain revenait au galop. Et c’est à partir de ce moment-là que l’argent facile fait des ravages. Une fois que nous l’avons goûté, il est très difficile de vivre comme un jeune adolescent lambda. Mes parents n’en pouvaient plus de mes absences, c’était convocation sur convocation, mais il y avait rien à faire j’ai persisté dans mes larcins, tout en diminuant mon taux d’absence. J’étais en pleine rébellion.

-PRIS AU PIÈGE

L’argent est bien sûr quelque chose de très important, sans argent je crois que notre vie peut devenir une corvée, je suis bien placé pour le savoir. Je sais ce que c’est de ne pas avoir de quoi vivre et croyez-moi c’est une situation très déplaisante. J’insiste en vous disant que je sais de quoi je parle les amis. Le problème vient quand on ne vit que pour l’argent, quand on est prêt à tout pour se remplir les poches, quand l’argent nous sort de notre destinée.   Au début on commet des larcins pour des raisons qu’on peut définir comme compréhensives mais on est pris au piège lorsque l’argent commence à devenir une addiction

Et c’était bien plus dangereux pour nous car nous avions appris à faire de l’argent à un âge où on devrait encore dépendre de ses parents. Très jeune on supporte difficilement le fait de se retrouver sans argent. En temps normal on commence à ressentir cela dès sa majorité, avant la majorité chaque enfant devrait pouvoir supporter le fait de recevoir un peu d’argent de poche de temps en temps. Mais nous avions grillé les étapes et nous nous sommes retrouvé pris au piège en ne supportant plus du tout de ne pas pouvoir s’acheter ce qu’on voulait. Ce fléau a dû toucher une majeure partie des jeunes issues de la classe populaire.

Et dire que deux années en arrière j’étais en école primaire, tout de même conscient qu’à la maison il y avait des problèmes qui me chagrinaient considérablement, mais jamais je ne me serai imaginer en train de commettre des larcins pour me faire mon propre argent. C’est dingue quand j’y pense! La suite au prochain article … 

Classe CM1/CM2 avec Monsieur Eliot (Paix à son âme).

Réal Nardez, fondateur des sites Mavieenquartier.fr et Blessure2lame.fr