LE COEUR NOIRCI

– UNE ÉPOQUE SOMBRE ET MARQUANTE

De la classe de 4ème à la classe de 3ème nous vivions une toute nouvelle vague, une sorte de transition, de mutation en méchant petit monstre. Il se dégageait une atmosphère apocalyptique. Tous les jeunes issues de la classe populaire courraient désormais après l’argent. J’aurai vraiment du mal à décrire ce que je vais vous dire, mais me concernant c’était un peu comme si mon cœur c’était noirci, non pas à cause de la cigarette, ni de la chicha, ou d’une autre substance pouvant noircir les poumons, mais plutôt à cause des délits que je commettais. Les délits auxquels je participais faisaient disparaître en moi certains sentiments comme l’empathie, la compassion, la pitié, la bienveillance, … Souvenez-vous, dans les premiers articles je parlais de larcins et là je parle désormais de délits. Nous avions tous passé une étape supérieure dans le monde de l’illicite.

Mes absences étaient abusives, ma présence en cours n’était qu’un acte de présence qui faisait croire à mon subconscient que j’étais toujours un élève comme les autres. La réalité était que ma scolarité ne tenait qu’à un fil. Nous savions tous que malgré nos absences, malgré nos résultats très alarmants, très peu redoublaient leur classe au collège. Le savoir ne nous a donc pas aidé, bien au contraire, cela n’a fait que nous enfoncer dans notre marginalité

Mon cœur se noircissait de plus en plus, ma relation avec mes parents était catastrophique, dehors nous vivions une période assez glauque, assez sombre, au domicile familial ça devenait infernal. Le climat était électrique, je dirais même explosif, je me souviens à quel point je souffrais intérieurement durant cette période. Ce qui me faisait le plus souffrir c’était ma relation avec mes parents. J’étais convaincu qu’ils ne m’aimaient pas, je noyais ma peine en commettant des délits et en passant le plus de temps possible dehors. Je détestais tellement mon père. Il se prenait pour un tout-puissant à la maison. Il frappait ma mère, moi, et il n’ y a jamais eu quelqu’un pour le dégager du domicile. J’avais des pensées très noires envers lui. Nous étions sous son joug, tout ça en toute impunité.  Quelle époque sombre! J’en ai la boule au ventre quand j’y repense! Je détestais rentrer au domicile familial.

  – LA HAINE

Mettez-vous deux secondes dans la peau d’un adolescent, issu de la classe populaire, ayant une famille toxique, en pleine ascension dans le monde de l’illégal, en plein échec scolaire, avec un mère battue sévèrement, et avec un père qui se prend pour le plus fort du monde. Certains seraient sans doute devenus dépressifs, et je l’ai peut-être d’ailleurs été inconsciemment. J’avais la haine contre mon père, une haine démesurée qui m’a conduit à me rebeller un jour. Un jour il m’a frappé en pleine récréation au collège, j’ai couru, il m’a coursé, puis je suis tombé, et là il s’est déchaîné sur moi. Heureusement qu’il y avait les assistants d’éducation pour me venir en aide. Cela c’est passé lorsque j’étais en classe de 5ème, j’ai vécu cela comme une humiliation terrible, j’ai eu le droit à des moqueries.

J’avais l’impression de m’enfoncer chaque jour dans un sable mouvant. Je trouvais un semblant de paix lorsque j’étais dehors tout en redoutant déjà le moment de rentrer. J’ai très tôt vu certaines réalités, des réalités qui m’ont fait très mal, très très mal. Vous êtes dehors, vous espérez rester avec vos amis jusqu’à pas d’heure car vous vous sentez tellement mal chez vous, vous en parlez, et en fin de compte tout le monde rentre chez lui plus tôt que prévu et vous vous retrouvez seul. J’en veux à personne car aujourd’hui j’ai bien plus de connaissance qu’auparavant, mon niveau de conscience a donc évolué en toute humilité. Mais dans ces moments on réalise que dans la vie on se retrouve très souvent seule avec ses problèmes.

J’étais dans un flou total, je ne savais plus où j’allais, j’avais complètement perdu confiance en moi, ma haine ne cessait de s’agrandir comme du feu, et ma scolarité était un désastre. J’enchainais les délits car il fallait bien que je réponde à mes besoins, m’acheter des paires de baskets, du crédit pour mon téléphone, me coiffer chaque week-end, et pouvoir manger quand je voulais avec mes amis. Cela me procurait une satisfaction immédiate mais sans pérennité. Ma souffrance intérieure était bien trop intense pour que je puisse être heureux continuellement.   La suite au prochain article …

Réal Nardez, fondateur des sites Mavieenquartier.fr et Blessure2lame.fr