LES DÉBUTS DE LA DÉRIVE EN QUARTIER POPULAIRE

LES PREMIERS LARCINS

C’est dès la classe de 5ème que j’ai commencé mes premiers larcins. Ce que peux appeler les débuts de la dérive. Je sautais la grille de derrière avec mon ami Pino et on partait à la recherche de l’argent. Ce besoin d’argent s’est déclenché très tôt, comme pour la plupart des jeunes issues de la classe populaire je pense. Au collège nous étions mélangés avec d’autres classes sociales, on voyait bien qu’il y avait d’autres jeunes de notre âge qui étaient mieux que nous sur plusieurs points. Ils étaient mieux vêtus, ils habitaient dans des maisons avec jardin, ils partaient en vacance, … Et puis il y avait nous, qui rentrions de nos quartiers populaires, tous ensemble, tous joyeux, mais avec une précarité violente qui nous attendait à la maison. Très tôt je me suis senti mieux dehors, ce n’était plus la liberté que je recherchais mais un havre de paix et de meilleures ondes. Beaucoup de jeunes venant d’une classe populaire sont issus d’une famille où l’ambiance était électrique, morose, … Ces détails sont la cause de nos premiers larcins. 

Là c’est Pino et moi. J’ai fais les 400 coups avec lui. Au passage j’aime la mode depuis tout petit ça se voit non? (rire) Bon là on avait déjà 16-17 ans je pense.

-LES RAISONS DE NOS LARCINS

Au bout d’un moment on a refusé d’être inférieur aux autres jeunes issues d’une meilleure classe sociale. On a estimé qu’il était hors de question que eux puissent avoir des belles baskets et pas nous. Ce n’était pas de la jalousie mais nous avons vite pris conscience que si on ne se bougeait pas, notre place dans la société serait minime dans les années à venir. C’était tellement flagrant, eux avaient des parents qui n’étaient pas forcément des cadres mais ce qui est sûr c’est qu’ils ne faisaient pas ce que faisaient nos parents. Mon père a été préparateur de commande depuis mon plus jeune âge, je me rappelle qu’ un jour il allait perdre son doigt au travail. Quand tu es jeune et que tu réalises que le travail que font tes parents est une corvée pour eux, c’est assez révoltant. Puis un moment donné tu réalises qu’ils ne sont pas si bien rémunérés. Et oui! Pourquoi les autres partent tout le temps en vacances et pas nous? Pourquoi ils ont un jardin et pas nous?  

Au début on remarque tout ça mais on essaie quand même de se ressaisir en voyant le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Mais bon, ça commence à faire beaucoup quand tu vis une différence sociale à l’école et quand chez toi il y a des problèmes de familles, d’argent, … Je sais que ça paraît supportable mais détrompez-vous, je dirai même que cette phase a impacté le destin de beaucoup de jeunes de quartiers populaires, fille comme garçon, en positif ou en négatif. Et là on peut même commencer à parler de complexe et surtout de la recherche d’une vie meilleure, et oui! Très tôt on a rêvé d’une vie meilleure. Manger des meilleurs plats chez nous, avoir un jardin et un chien, des belles baskets, …  Et souvenez-vous que j’étais à peine à ma deuxième année de collège

-QUEL GENRE DE LARCINS  JE COMMETAIS?

Je tiens premièrement à m’excuser auprès de tous ceux à qui j’ai fait du mal durant cette période de ma vie. Nos larcins étaient peu commodes et je m’en rends bien compte aujourd’hui. Parfois on a besoin de prendre du recul, de l’âge, pour réaliser à quel point nous avons mal agi à un certain moment de notre vie. Le racket était devenu mon domaine de prédilection. Je séchais les cours pour aller me faire un téléphone ou deux par jour. J’allais me promener dans les rues de Neuilly-Plaisance, Neuilly-Sur-Marne, … A la recherche de proie facile pour malheureusement les dépouiller. C’était mauvais, et je me souviens même qu’au fond de moi j’en étais conscient, mais j’étais tellement assoiffé d’argent que j’arrivais à vite passer outre. Sacré jeunesse! Quand j’y pense je me dis qu’on a dû causer des blessures intérieures à des personnes. A cause de ça on a surement rendu certains racistes c’est une certitude. Pourtant je n’étais qu’un pauvre jeune de quartier populaire qui souffrait profondément. La vie que je menais me rendait déjà monotone, à la maison le climat était tellement violent, cela m’a rendu violent également, l’amour n’était pas au rendez-vous alors je n’avais pas forcément de sensibilité durant cette période. 

-DE L’ARGENT FACILE

C’est lorsque tu vends ton premier téléphone que tu te rends compte à quel point c’est facile de gagner de l’argent. Surtout à cet âge là. Les téléphones se revendaient assez cher, je savais  à qui les revendre. Puis là je suis devenu indépendant financièrement, disons que je me faisais mon propre argent de poche chaque semaine. J’étais très jeune et c’était beaucoup pour moi. Mes parents ne me passaient pas d’argent de poche, j’ai tout de suite senti que ma vie était différente avec l’argent que je me faisais. J’avais certes un climat très violent chez moi mais j’avais de quoi me faire plaisir, de quoi m’acheter ce que je voulais, de quoi me coiffer chaque week-end … 

-LE REGARD DES AUTRES

Lorsqu’on commence à se faire un peu d’argent, on sent qu’il y a quelque chose qui change. J’ai ressenti cela dès mes premiers larcins. Sûrement parce que premièrement on a un poids en moins, on sait que si demain on a besoin d’argent on peut se le trouver nous-même. Puis quelque part ça donne beaucoup plus d’assurance, on a beaucoup plus confiance en soi-même lorsqu’on apprend à faire de l’argent seule. On commence donc à sentir qu’on peut plaire aux filles, puis on voit bien que les autres jeunes de notre quartier populaire commencent à nous remarquer. C’est une sensation étrange, on se sent libre, en danger, enthousiaste, … Mais bizarrement on remarque que cela ne nous a pas empêchés de nous sentir différents des jeunes issues d’une meilleure classe sociale La suite au prochain article

Réal Nardez, fondateur des sites Mavieenquartier.fr et Blessure2lame.fr