LORSQUE LA CONCURRENCE APPARAÎT DANS LES QUARTIERS POPULAIRES

-CONCURRENCE MALSAINE

On commence nos premiers larcins très tôt, pour des raisons pouvant provoquer de l’empathie jusque-là. La précarité, le climat violent qu’il y a au sein de beaucoup de familles ,  ce sentiment d’infériorité et surtout cette non-acceptation de l’inégalité que nous vivons. Un mélange de non-acceptation, d’incompréhension, d’immaturité et de rage enfouie. Les gens ne s’imaginent pas à quel point l’argent facile est un gouffre infernal, on en sort très difficilement et la finalité est souvent la prison dans le meilleur des cas et la mort dans le pire des cas. C’est une réalité! Encore une fois je sais de quoi je parle, croyez-moi. En classe de 5ème seulement quelques groupes avaient commencé les larcins, j’ai fait partie de ces groupes malheureusement. Pour l’âge que nous avions, c’était des gains plutôt considérables que nous faisions, et vous vous doutez bien que qu’on a dû mettre l’eau à la bouche de beaucoup de jeunes de notre âge et surtout issue de la même classe populaire que nous. Forcément, nombreux sont ceux qui ont emprunté le même chemin que nous par la suite, et c’est là que nait une concurrence malsaine au sein des quartiers populaires

-ÊTRE LE PLUS RICHE DU QUARTIER 

En classe de 4ème de plus en plus de jeunes issus de la classe populaire ont commencé à se faire de l’argent en commettant des larcins. Mais là on était dans un nouvel air, on ne pouvait plus se contenter de vendre uniquement des téléphones, on était désormais à la recherche de gros coups. Ce qui est fou dans le monde du business illégale, c’est que les ambitions grimpent d’un coup et de manière démesurée. Les larcins que je commettais en 5ème étaient très minimes comparé à ceux que je commettais en 4ème. Mes ambitions étaient bien plus grandes et surtout il ne fallait pas être le dernier. Rappelez-vous, presque tout le monde faisaient désormais du business illégale. Il fallait donc être à la hauteur et donc faire plus d’argent que les autres. La précarité n’était plus le problème majeur, ce qui nous préoccupait c’était de briller plus que les autres. 

-POURQUOI CE BESOIN DE BRILLER PLUS QUE LES AUTRES?

Tout simplement parce que dans cette phase de notre vie nous avons eu une vision erronée du bonheur, du succès, et de l’argent. Lorsqu’on me posait la question “est-ce-que l’argent fait le bonheur?” J’ai toujours répondu oui automatiquement, bien évidemment c’était un automatisme. J’avais assimilé bonheur à argent. Simplement parce que j’ai vu au sein du domicile familiale que ne pas en avoir était la cause de notre précarité, de nos difficultés. Et on se dit donc qu’avoir plus d’argent que les autres signifie être plus heureux que les autres, avoir plus de succès que les autres, …  

N’oubliez pas qu’à la base nous souffrons d’infériorité, avoir de l’argent a été l’occasion pour chacun de se sentir supérieure à un moment donné. “J’ai une sacoche Nike à 100 euros, et lui ne l’a pas”.  A ce moment-là on se dit “je fais forcément plus d’argent que lui”. En fait c’est un peu comme si on prenait une revanche, malsaine malheureusement. Pourquoi malsaine? Parce qu’avec du recule je me rends compte que cette concurrence n’était qu’entre personnes issus de la même classes sociale. Les jeunes issus d’une meilleure classe sociale avaient sans doute des moments de dialogue avec leurs parents, des moments de bonheur avec leur famille, … Grâce à cela, eux avaient sans doute compris que le bonheur se trouvait dans les choses simples, contrairement à nous qui pensions que l’argent était la clé du bonheur. En fin de compte il n’y avait que nous qui pensions cela, nous avons donc été en concurrence entre personne partageant la même croyance.

-QU’EST-CE QU’UN JEUNE DE QUARTIER POPULAIRE PENSE DES ÉTUDES À CE MOMENT DE SA VIE? 

Tout dépend, il est important de souligner que beaucoup ont fait de longues études dans nos quartiers populaires. Même s’ il faut avouer que c’est loin d’être une majorité. Je ne connais aucune personne de mon quartier ayant fait POLYTECHNIQUE, HEC, l’ENA, l’ENM, …  La réalité est que nous avons très peu de personnes à qui nous nous référerons autour de nous. Je me souviens avoir été un jeune qui avait des rêves au fond de lui mais je n’ai jamais su vers quel étude m’orienter par la suite. Nos parents nous dictent leurs rêves, et c’est très souvent un échec. Mon père m’a encouragé à faire un BAC PRO LOGISTIQUE, l’idée était bonne car c’est un domaine dans lequel on aura toujours du travail mais rien ne me passionne dans ce métier, absolument rien! 

Puis, faute d’avoir connu l’argent trop tôt et trop facilement, on s’imagine très difficilement se lever chaque matin pour gagner un salaire à la fin du mois. C’est très délicat comme situation, c’est ce qui nous pousse à vouloir perdurer dans le monde de l’illicite. On le regrette toujours par la suite mais sur le coup c’est bien trop perplexe comme situation. Famille compliquée, en plein dans l’illicite, faisant des coups rapportant beaucoup plus d’argent qu’auparavant, … Avec tout ça, comment voulez-vous être disposé à choisir l’orientation qui va parfaitement vous convenir? Cela est très difficile

-EDUCATION NATIONALE

Je pense que les jeunes devraient être mieux encadrés lors de leur scolarité, surtout au collège et au lycée. Il doit y avoir une réelle prise de conscience concernant la fragilité de certains jeunes issus d’une classe populaire. L’éducation nationale doit comprendre la difficulté qu’endurent ces jeunes. Très souvent c’est compliqué à la maison, nombreux ont emprunté le chemin de l’argent facile, il y a très peu de dialogue entre les parents et les enfants pour la plupart, …  Il faut sauver les jeunes quand c’est encore possible, au collège par exemple c’est encore possible même si certains cas sont désespérants.  

Réal Nardez, fondateur des sites Mavieenquartier.fr et Blessure2lame.fr